Lucien Bitaux

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Redshift

2026 20 modules en métal, 1 dispositif de caméra filmant un écran, 2 modules de conversion vidéo, 1 écran de diffusion encadré, 1 tirage argentique encadré Production et collection CNAP — Centre National des Arts Plastiques Commande intitulée « Réinventer la photographie » dans le cadre du bicentenaire de la photographie Remerciements : Pauline Delaplace, Wilfried Uhring, Arno Gisinger, Samuel Lecocq, Nathalie Delbard, Tessa Kugel, Céleste Rogosin, Audrey Hoareau, Sylvain Couzinet-Jacques, Pascal Beausse, Élodie Gallina.

Redshift est à l’intermédiaire de la photographie, la sculpture, l’appareil et l’infrastructure. Le poids et la matérialité des dispositifs de l’image contemporaine sont incarnés dans des formes sinueuses et métalliques détournant les signaux photographiques.

Après avoir étudié la condition minérale de l’image photographique dans la thèse intitulée L’image minérale — entre art et astronomie, la rémanence des pierres dans les visualisations et leurs imageurs, cette installation photographique se concentre sur les infrastructures matérielles de l’image numérique. Depuis la fixation pionnière d’un signal lumineux par Nicéphore Niépce sur un support minéral, la photographie s’est de plus en plus mise en mouvement : dans un réseau global de câbles, elle attend d’être affichée provisoirement sur un écran. Au terme de cette brève apparition modelée par les cristaux liquides, elle retrouve sa latence électronique. Le minéral ne cristallise plus des signaux lumineux en images, mais il conduit des stimuli électriques qui seront reconstitués temporairement sur écran. La photographie n’est plus statuaire et figée dans la substance ; elle fuse dans la matière. Elle n’est plus fossile, elle est devenue nuage.

Ce changement de condition physique de la photographie et l’absence d’objet représentatif (de « picture » pour reprendre WJT Mitchell) peut donner l’impression d’une dématérialisation. Les dispositifs mis en place pour défaire les images de corps tangibles et finis ne sont pourtant pas immatériels : les technologies de l’image numérique contemporaine demandent des matériaux lourds, rares et fossiles qui exigent une exploitation minière des sols et engendrent des conflits géopolitiques. La photographie industrialisée perpétue ainsi sa relation historique au capitalisme : les câbles sous-marins par lesquels transitent les données visuelles diffusées sur internet (majoritairement par les GAFAM) transportent aussi les flux boursiers internationaux.
Que restera-t-il de ces immenses infrastructures quand elles seront rendues inopérantes ? Le fond des mers deviendra le théâtre des vestiges de la matérialité invisible des images d’une époque ; les câbles coupés seront les épaves d’une illusion immatérielle, les ruines d’une image sans corps.

Redshift peut être perçu comme un diagramme, voire une cartographie, de cette infrastructure globale de l’image. C’est un modèle local qui représente un corps désormais planétaire. Alors que la synchronisation des signaux est un prérequis à la reconstitution d’une image numérique photoréaliste, les trois couleurs primaires (rouge, vert et bleu) parcourent ici des distances différentes. Des zigzags, ondulations ou autres tracés tortueux détournent les signaux et rendent perceptible la réalité matérielle du mouvement des données dans le temps et dans l’espace. Ces itinéraires inégaux engendrent des décalages à l’arrivée sur l’écran de diffusion : les objets traversés par le rouge, le vert et le bleu défont l’image de sa fidélité. Ces modules de résistances sont à la fois photographiques et instrumentaux. Comme des infrastructures volontairement inadaptées, voire des pylônes inefficaces, ils décomposent le simulacre de l’image en retardant de quelques nanosecondes les informations qui circulent à l’allure de la lumière. Le titre du projet réfère à cette vitesse absolue des rayons qui permet aux astronomes de voir le passé en direct puisque la lumière des astres met des millions ou milliards d’années à nous parvenir. Le Redshift désigne le rougissement des spectres venus des étoiles : ils ralentissent au fil de leur périple infini et nous arrivent donc déformés, rougis par l’espace et le temps. Cette distorsion traduit la matérialité du signal, alors influencé par les matières qu’il a rencontrées et le vide qu’il a traversé.

En donnant à voir cette déconstruction à travers la captation et la diffusion de formes standards (formes géométriques, paysages, couleurs…), Redshift produit une dé-calibration de l’image, ou plutôt une alternative à la norme des couleurs synchronisées et ordonnées à laquelle nous sommes assujettis. La mire qui résulte de ce système local manifeste visuellement et matériellement l’influence des choses (matières, objets, espaces, corps…) que la photographie traverse. Les visions triples, floues et picturales qui en émanent cheminent vers l’abstraction, tandis que les sculptures-photographiques dont elles proviennent imposent leur concrétude.

Redshift donne du poids aux couleurs et ralentit alors l’image.

Éclipse brute

2025 Photographie recto-verso sur aluminium poli découpé Production Centre Régional de la Photographie, CRP/ (réseau DCA)

D’un côté un ciel chilien, de l’autre un sol chilien, l’image a un revers. Comme si elle traversait le mur, la photographie-double exige de se déplacer. Dans un reflet au mur, son verso apparaît et ouvre vers cet invisible.

Partition des sols

2025 Photographie découpée en 38 pièces d’aluminium poli Production Centre Régional de la Photographie, CRP/ (réseau DCA)
Partenaires : Centre historique minier de Lewarde

Une photographie d’une exploitation des terrils à Lens venue du Centre historique minier de Lewarde est découpée selon un plan de coupe d’une fosse venue du même fonds d’archives. C’est un monde en pièces, un démontage d’une photographie qui représente le démontage du monde et de ses matières minérales.

Archifossiles

2025 Aluminium poli et imprimé, plexiglas, moteurs, câbles Production Chroniques avec le soutien de la ville d’Aix-en-Provence

Des surfaces géométriques bougent et reconstituent un temps qu’aucun œil n’a pu entrevoir : celui précédant l’existence de la vie. Les météorites imprimées sur ces surfaces donnent des indices visuels de ce temps ancestral.

Ce terrain d’exploration ressemble aussi à une fouille archéologique. Tous les motifs miroitants proviennent de pierres tombées du ciel. Ces sections polies de météorites photographiées au CEREGE (laboratoire de géologie à Aix-en-Provence) et agrandies des centaines de fois témoignent d’une certaine géométrie : des lignes droites, des sphères, des perpendiculaires et des dessins réguliers donnent l’impression d’une mathématique primitive. Les astronomes utilisent les miroirs pour capturer des signaux anciens (la lumière venant du Soleil met environ 8 minutes à nous parvenir, celle d’Andromède 2,5 millions d’années). Pour symboliser le vertige particulier d’un ancestral perçu en direct, les miroirs sont les matériaux élémentaires de ces modules. Les surfaces réfléchissantes se meuvent lentement et suivent un cycle continuel, reconstituant une horloge à grande échelle.

La tectonique des plaques proposée par les Archifossiles est une sorte de maquette d’un cosmos inventé — ou d’un temps passé en recomposition — dont les principaux éléments sont les pierres et la lumière.

Partenaires : CEREGE — Centre de Recherche et d’Enseignement en Géosciences de l’Environnement à Aix-en-Provence : Alain Véron, Bertrand Devouard, Jérôme Gatacceca

Bibémus

2025 Aluminium poli et imprimé, moteurs Production Chroniques avec le soutien de la ville d’Aix-en-Provence

Un archipel d’images compose un paysage minéral. Taillées comme des silex, ces formes géographiques se superposent aléatoirement et répondent par le chaos aux motifs géométriques de Vasarely.

Le point de départ de cette installation se situe à la rencontre de deux images : une photographie captée dans la Valle del Arcoiris (la vallée de l’Arc-en-ciel) au Chili et la toile de Paul Cézanne produite en 1895 intitulée La Carrière de Bibémus. Les deux représentent des textures minérales et se découpent selon la topographie des lieux. La peinture de Cézanne a alors été traduite en une carte dessinée en suivant les surfaces cernées par l’artiste. Cette schématisation une fois opérée est devenue un outil pour segmenter la photographie prise au Chili. C’est un dialogue entre la carrière romaine où est née l’abstraction — comme si elle avait été taillée dans la pierre par Cézanne — et le désert de l’Atacama où de nombreuses mines perforent le paysage. Les éclats de l’image dispersés rejouent l’idée d’un univers en formation. De près, les figures sont des nuages de points colorés et réguliers ; de loin, le chaos rocheux apparaît. L’entropie et la géométrie dessinent un monde.

Mont Venturi

2025 Plexiglas imprimé, aluminium, moteurs câbles Production Chroniques avec le soutien de la ville d’Aix-en-Provence

La carte géologique du Mont Venturi (nom provençal de la montagne Sainte-Victoire) est décomposée en une série de formes suspendues. La platitude des informations scientifiques initiales se convertit en sculpture.

Les vues satellites conduisent aujourd’hui à une certaine omniscience sur les topographies terrestres. La cartographie a permis de s’approprier les territoires et dominer leur échelle, le Mont Venturi connaît ce même traitement normatif. Avant tous ces dispositifs de visions automatiques, Cézanne avait exploré de manière sensible ce sommet en déclinant près de 90 points de vue de la montagne Sainte-Victoire. Avec cette série, le peintre aixois a rattaché ce lieu à l’histoire de l’abstraction. L’artistique et le scientifique s’entremêlent sur ce territoire. L’installation Mont Venturi se place à l’intersection des typologies de représentations dont le massif a été l’objet. En faisant une interprétation libre et visuelle de la carte géologique du Mont Venturi, le diagramme se convertit en une série de nuages colorés. Les teintes qui symbolisaient les différentes périodes minérales deviennent ici des tâches flottantes, des strates de temps, et s’échappent du modèle scientifique dont elles sont issues.

Rudiments

2023

Des schémas astronomiques sont imprimés sur des cailloux, des textures minérales couvrent des blocs d’aluminium. Les graphiques issus des logiciels des astrophysiciens contrastes avec la pierre brute, la rugosité des pierres dénote avec la planéité du métal. L’ensemble passe de la matière naturelle à la matière transformée, comme une raffinerie des images.

Extractions

2023

Cinq images composent un travelling allant du ciel au sol chilien, elles comportent des manques, elles sont transpercées par des disques imparfaits. C’est l’absence de galettes de silicium qui interrompt l’image. Ces surfaces appelées wafers rythment l’ensemble de l’exposition, elles ponctuent l’espace. Sous les grandes photographies, ou à côté, on retrouve les disques détachés qui complètent l’image. Il s’avère que ces objets particuliers permettent normalement de fabriquer les capteurs de photographie numérique (CCD et CMOS) ; ici, ils deviennent support d’image et perdent leur statut d’outil. Une déconstruction, une extraction, est à l’œuvre.

Pierres, Montagnes Cieux, Astres

2023 5 impressions sur papier, laiton, cuivre, bronze et aluminium Film, 11’14 minutes, muet

Rangées par échelles minérales, les rushs vidéos tournés au Chili sont imprimés sur différents métaux (un par échelle) image par image, chacune mesurant ainsi 1cm de large pour 1700 photographies par format. Ces planches sont ensuite scannées pour reformer le film, alors compressé analogiquement par le grain de l’impression : le film se confond avec sa matière et tend vers l’abstraction.

Monocristaux

2023 Production ADAGP avec l’aide de l’École Normale Supérieure

Les wafers, ces disques de silicium utilisés dans l’industrie de la microélectronique, sont ici traités comme des supports de tirages. Ils sont gravés en suivant le même procédé que celui opéré pour fabriquer les capteurs photosensibles : la photolithographie. En partenariat avec le Laboratoire de Physique de l’École normale supérieure (LPENS), des topographies du désert d’Atacama, des pierres chiliennes et des textures minérales ont été inscrites dans le silicium. Dans l’espace d’exposition, un montage vidéo muet montre les différentes étapes de production de ces pièces sur un écran miniature.

Gisements

2025 Papier argentique couleurs gravé (130×90cm)

Des pierres, des mines, des observatoires, tous provenant du Chili, brûlent pour devenir des images, l’éclat roux à l’air d’un coup de Soleil, mais il ne s’agit que d’un coup de lumière.



Gisements

2023
Gravure sur papier argentiques, multiples tirages uniques
Papier argentique couleurs gravé (130×90cm)

La perception de l’astronome

2022 Installation – Production Chroniques — Biennale des imaginaire numériques Partenaire : Le Fresnoy studio national des arts contemporains

La perception de l’astronome est un espace instable, une sorte de cerveau mécanique et spéculatif. Il s’agit de visualiser les éléments qui construisent notre perception du cosmos en prenant pour point de départ l’espace mental et l’imaginaire des astronomes. Ainsi, à partir d’une machine à images basée sur le modèle de l’œil, l’installation propose une interprétation des réactions neuronales face aux cieux nocturnes.

Différentes entités flottantes incarnent le rôle des idées et stimulus qui animent le cortex : des lentilles, des prismes, des formes transparentes. Ces objets optiques représentent nos biais cognitifs et interprétatifs : placés devant une source de lumière, un astre, ils altèrent la vision pour en provoquer une autre. Les murs et les passants reçoivent les images issues de ces objets optiques : ils sont des rétines.

Les visuels qui émanent de ce générateur cérébro-cosmique matérialisent les stéréotypes mentaux qui hantent nos interprétations ; l’astre originel se déforme, s’adapte, se plie, aux interprétations cérébrales – notre vue s’inscrit entre infiniment grand et infiniment petit, entre l’au-delà cosmique et l’en-dedans mental.



C’est en se plaçant derrière l’œil de celui qui observe, en grossissant et en imaginant la mécanique mentale lorsque nous contemplons les étoiles, que nous nous demandons comment un si petit point sur une l’étendue noire de la nuit peut engendrer un imaginaire si vaste. Le cosmos s’invente alors infiniment loin des yeux, mais aussi au cœur des idées.

Nadir – Picture Elements Explorer

2022 Installation – Production le Fresnoy, studio national des arts contemporains Partenaires :
• Eindhoven University of Technology, Dept. of Chemical Engineering and Chemistry SFD Lab. Stimuli-responsive Functional Materials & Devices Group, Michael Debije et Jeroen Sol
• École Centrale de Lille, Didier Burgnies

Générique :
Suivi artistique : Justine Émard et Melik Ohanian
Programmation : Lukas Truniger et Claire Pollet
Appui en construction : Brice Nouguès
Appui technique : Cyprien Quairiat et Julie Machin
Production : Barbara Merlier et Luc-Jérôme Bailleul
Coordination pédagogique : Éric Prigent




Remerciements : François Bedhomme, François Bonenfant, Didier Burgnies, Pascal Buteaux, Sébastien Cabour, Michael Debije, Pauline Delaplace, Nathalie Delbard, Justine Émard, Olivier Gade, Julie Machin, Julien Maire, Lucie Ménard, Barbara Merlier, Brice Nouguès, Melik Ohanian, Olivier Perriquet, Claire Pollet, Éric Prigent, Pascale Pronnier, Cyprien Quairiat, Solène Secq, Jeroen Sol, Hadrien Tequi, Lukas Truniger, Jean-Philippe Uzan et toutes les personnes ayant suivi l’élaboration du projet.

Retrouvez l’activité du Nadir sur cette page web dédiée :
http://nadir.lucienbitaux.fr/

Dans L’Écriture des pierres, Roger Caillois suggère que fendre une pierre et faire apparaître son cœur, c’est accéder à l’image primitive du cosmos et révéler un univers parallèle*.

Afin de percevoir les dimensions cosmiques inaccessibles à l’œil, nous creusons les terres pour en extraire une poussière essentielle à la photographie numérique  : le silicium. Ce semi-conducteur, massivement utilisé pour fabriquer les instruments des observatoires et des télescopes spatiaux, proviendrait directement des explosions stellaires, les supernovæ**. Un cycle se forme donc entre les particules que nous récoltons sur Terre et les astres que nous voulons voir  : il faut fouiller les sols pour trouver des grains d’étoiles qui nous permettent d’imager des soleils.

La transformation de l’univers lui-même en lieu de ressource minière engage un changement d’état des pierres cosmiques. Elles perdent petit à petit leur statut d’objets quasi imaginaires pour devenir des faire-valoir industriels au même titre que les pierres terrestres.

Nadir, Picture Elements Explorer, est un instrument, une quasi-caméra, une sorte de sonde spatiale. Une roche composite est exploitée pour former des images. La machine s’essaye alors à révéler les paradoxes qui structurent les imageries astronomiques  ; entre les surréalités célestes et les matérialités minérales des représentations de l’espace  ; entre d’inévitables extractions démesurées et une poésie des éléments qui trace un chemin réunissant le noyau terrestre et le fond diffus cosmique.

* Roger Caillois, L’Écriture des pierres, dans La Lecture des pierres, Éditions Xavier Barral, p.315, édité en 2014, écrit en 1970.

**— NASA, Exploding Stars Make Key Ingredient in Sand, Glass, 16 novembre 2018 — https://www.jpl.nasa.gov/news/exploding-stars-make-key-ingredient-in-sand-glass

Atlas des champs artistiques (prémices)

2021 Compositions graphiques : collages, photographies Sélection issue d’une série de 15 «cartographies» réalisées pour la revue Facette 7 « Quelle liberté pour l’artiste? », édité par 50°Nord en avril 2021. Consultable gratuitement à ce lien : https://issuu.com/50degresnord/docs/facettes_7

La première double page présente tout d’abord une sorte de glossaire des éléments qui composeront les cartes, c’est un petit inventaire des objets utilisés dans ma pratique. Et ensuite, ces éléments s’agencent, se fusionnent, se superposent, pour former des territoires. Ils s’organisent en pensées, en réflexion structurée, ils dessinent des géographies.

Penser, c’est essayer, opérer, transformer, sous la seule réserve d’un contrôle expérimental où n’interviennent que des phénomènes hautement “travaillés”, et que nos appareils produisent plutôt qu’ils ne les enregistrent. […] Quand un modèle a réussi dans un ordre de problèmes, elle l’essaie partout.Le gradient est un filet qu’on jette à la mer sans savoir ce qu’il ramènera.
Maurice Merleau Ponty, L’Œil et l’Esprit, 1960.

Cette carte blanche est une réponse visuelle aux questions soulevées par la thématique de la revue Facette cette année. À partir des notions de champs artistiques, de zones d’exploration, de structures contraignantes, des formes s’essayent à occuper des terrains de jeu. Ces zones délimitées par des frontières abstraites ne demandent qu’à être dépassées. Mais la présence de ces lignes fait transparaître l’ossature de ces compositions, ces grilles deviennent aussi des échafaudages auxquelles les formes s’accrochent. Ce sont par ailleurs des filets qui charrient des objets plastiques. Dans une démarche de schématisation des problématiques soulevées par le sujet de la liberté artistique, ces cartes incarnent une prise de recul sur la logique de ma production plastique. C’est l’interaction entre des formes et leur contexte d’apparition qui est ici représenté, c’est la question des contraintes conscientes ou inconscientes qui charpentent les champs artistiques. Le bricolage, décrit par Levi-Strauss dans la Pensée sauvage, permet une réponse naïve de ces enjeux de la création artistiques.

Les images sauvages

2021 Tirages sur textile, sculptures en verre, aluminium, optiques et objets naturels Tirages : 120×200 cm
Sculptures : divers formats

Dans le cadre de la résidence artistique de transmission Transat, proposée par les Ateliers Medicis au C.A.L.M.E à Briançon, Lucien Bitaux a proposé aux enfants d’expérimenter autour des ombres, des reflets, des projections, des diffractions, des spectres et de tous les autres principes optiques qui permettent le surgissement de formes surprenantes, de curieuses perception, appelées ici les Images Sauvages.
Entre arts et sciences, le projet vise à initier les 9 – 11 ans aux principes photographiques mais surtout à les sensibiliser aux qualités plastiques et artistiques de leur production. La non-maîtrise du résultat surprend, interpelle et donne envie de faire des découvertes au sein même des photographies qu’ils réalisent.

En parallèle, Lucien Bitaux a produit sur place une installation pour la médiathèque. Celle-ci propose des cadres en verre composés d’ingrédients pour voir : des optiques associées à des minéraux et végétaux. Ces sortes de natures mortes répondent aux photographies suspendues réalisées avec ces mêmes outils. Sans retouche ni trucage, ces Images Sauvages déjouent notre perception humaine, que l’on croit parfois absolue et irremplaçable.

Merci au C.A.L.M.E de Briançon : Tess, Océane, Vanessa, Julien et les autres…
Merci à la médiathèque la Ruche de Briançon :Caroline, Anne, Corinne…

Les images phénoménologiques

2021 Dalles rétro-éclairantes, plaques en plastique gravées, filtres 33×22,5 cm 

Les images phénoménologiques sont des photographies gravées sur des surfaces plastiques mises en résonance. Avec ces nouvelles images dont les couleurs bougent selon le mouvement du regardeur, les formes naissent de l’irisation de la matière.

Les images phénoménologiques se déclinent en série, pour former un ensemble de matières-lumières issues de différents éléments minéraux. Les différentes visions qui apparaissent de ce procédé physique posent la question de la minéralité des images.

Les liminaux, la métamorphose
de l’être en sa vision


2020 Production Le Fresnoy, studio national des arts contemporains • Environ 40 dispositifs optiques fabriqués en plastiques, verre, acier
• Multiples tirages de photographies faites au travers de ces dispositifs
• Systèmes de monstration de ces photographies

L’objectif de ce projet est de représenter ce qui voit : le voyant. Un système d’optiques qui se montrent dans les images a donc été fabriqué. Les photo-graphies produites témoignent alors de la forme de l’objet transparent qui a permis de les capturer. Entre un réel précaire et un réel impérieux, ces images insistent sur la relativité du regard et des représentations.

Les optiques entoptiques

Ces instruments optiques ont été fabriqués dans le but d’apparaître dans les images qu’ils capturent. Ils ont des défauts, des aberrations, ils sont imparfaits, car ils ne disparaissent pas dans le résultat photographique. Ils s’affirment ainsi comme morceaux de réel, au même titre que l’environnement qu’ils permettent de capter. Parfois composés d’objets préexistants ou bien totalement fabriqués, les modules optiques peuvent être associés et agencés à l’infini pour proposer des façons toujours nouvelles de voir. Lorsque ces outils sont utilisés, ils sont montés devant l’appareil photographique dénué de son objectif industriel. Dans l’exposition, ces optiques deviennent des sculptures qui font face aux clichés qu’elles ont permis de produire.

Les expériences photographiques

Ces multiples boîtes lumineuses proposent de voir les captures faites au travers des optiques entoptiques avec un regard toujours nouveau. Coincés dans des couches transparentes, les tirages argentiques se super-posent à des images digitales qui apparaissent sur un écran, devant ou derrière elles. Les visuels sont sans cesse modifiés par ces changements numériques et questionnent à l’infini ce que l’on voit ou ce que l’on a vu. De ce fait, un spectateur restant au milieu de ce paysage qui se transforme lentement ne verra jamais deux fois la même chose. Chaque boîte de lumière tente quelque chose avec les images : certaines vont les superposer, d’autres vont les associer aux mouvements d’une vidéo, d’autres vont user de phénomènes optiques qui permettent de voir autrement l’image… Une des expériences consiste aussi en la conception aléatoire de phrase descriptive de ces paysages photo-graphiques mobiles. Des mots sont sélectionnés au hasard dans une longue liste et écrivent des petites histoires qui donnent des clefs d’entrée à ce travail visuel.

Les grands films

Ces grands formats flottants permettent d’entrer complètement dans certaines des captures. Ces visions, entre figuration et abstraction, présentent un réel dont on doute, mais qui nous donne pourtant des indices tangibles d’une présence matériel avec des formes nettes qui se dessinent au milieu des apparitions lumineuses, des déformations optiques, des reflets…

La boîte à outils

2021 14 tirages photographiques numériques 60×80 cm

Des pierres sont scannées, sur divers fonds colorés, pour les présenter comme des outils. En effet, je les utilise moi-même dans la plupart de mes travaux. Ces portraits rendent hommage à ces minéraux qui apparaissent dans de nombreux projets.

Particules optiques

2021 10 tirages photographiques numériques 10 formats 30 par 40 cm

Les particules optiques sont des photogrammes numériques d’instruments d’optiques et de diapositives. Le dispositif photographique est ainsi inversé : une lumière éclaire le capteur, l’ombre de l’optique se retrouve projeté sur ce dernier. L’optique ne sert plus à voir, elle est vue.

Le minuscule vertige

2020 10 tirages photographiques argentiques, 3 tirages sur coton formats divers

Le minscule vertige est une série de photographies de paysages de montagnes sans retouche. À travers un prisme, l’œil de l’appareil s’affole, le regard se perd entre cieux et sommets. Une confusion se fait entre ce qui se trouve devant et ce qui est derrière, de nouveaux horizons se dessinent.

Les astres anecdotiques

2019

Pour la revue culturelle Espace(s) éditée par le CNES (Centre national d’étude spatiale), le projet des Astres anecdotiques propose une confusion entre images sur écran et images imprimées. En parrallèle, le projet a été édité dans un petit livre de 26 pages comportant l’ensemble des expériences visuelles.

Résonances

2018 — 2019 Structure en profilés aluminium, diffusants, néons, filtres, surfaces plastique thermoformées, objets organiques 130×31×20 à 250×68×25 cm 

Ces grandes plaques sont des sortes de cieux, des ouvertures sur une nouvelle transparence. En jouant avec les interférences présentes dans ces grandes empreintes en plastique de matières organiques, on constitue un nouveau décor.

L’installation s’inscrit en lévitation dans un espace sombre, on se plonge ainsi dans les résonances qui deviennent des visions flottantes. Une résonance tourne et montre le procédé de projection, elles sont complétées par leur photogramme.

Laserographes

2018 — 2019 15 tirages argentiques

Ces sortes d’aurores boréales en courbes de Bézier sont des traces photographiques de lumière diffractée. L’infra-monde présenté en mouvement en devient hypnotisant. Les ombres des formes issues de l’infiniment petit sont enregistrées. Ces tirages argentiques directement faits par laser deviennent des ponts entre le technologique et l’analogique. Ce sont des hématomes de lumière.

Scoposcope Émilie du Châtelet

2018 Machine en tôle pliée sans soudure, moteur, leds, lentilles 100×100×30 cm 

Le Scoposcope Émilie du Châtelet propose une projection sur trois côtés d’empreintes plastique en rotation. Les images de l’objet transparent sortent de la machine.

Scoposcope René Descartes

2018
Machine en tôle pliée sans soudure, moteur, leds, gyroscope fait main, plexiglas dépoli
80×80×80 cm

Le Scoposcope René Descartes projète des empreintes thermo-formées. Il développe le principe de la scoposcopie sur trois dimensions, en proposant un mouvement giroscopique, le volume de l’empreinte est décomposé sur trois faces.

Scoposcope Maurice Merleau Ponty

2018 Machine en tôle pliée sans soudure, moteurs, leds, lasers, gyroscope fait main, verre dépoli, lentilles 120×60×100 cm 

Scoposcope multi-fonction, le Merleau-Ponty propose des multitudes de combinaisons pour transmettre les empreintes captées. Toujours en jouant avec le mouvement et la lumière, sa modularité propose des visions mobiles du monde.

Les mots intéressants

2018 livre 20 exemplaires

Un tout petit livre relié dans un ordre aléatoire crée des phrases hasardeuses avec des sujets et des verbes. Ces mots microscopiques fabriquent une pensée et donnent des idées.

Obscura Filippo Brunelleschi

2018 Machine en profilés aluminium, moteur, lentille, leds, miroir, plateau tournant 60×30×35 cm

Il s’agit d’une machine à projeter des objets en direct. L’image est générée dans l’actuel, à la vitesse de la lumière. La confusion entre un objet et son image n’existe plus. L’objet à une relation à son image comparable à celle qu’il aurait à son ombre.

Lensoscope

2018 Faisceau laser sur tiges en acier, lentille sur tige, lentilles gravées sur tiges dimensions variables

Le lensoscope est un dispositif inventé composé d’un laser, d’une lentille vierge et de lentilles gravées. Il a pour objectif d’enregistrer des images sur de toutes petites surfaces et d’ancrer l’image dans la matière. Cette combinaison laser/lentilles se retrouve alors harmonisée par la projection.

Ombres noires et blanches

2018 Tirages argentiques noirs et blancs dimensions diverses

Les ombres noires et blanches sont des photogrammes issus d’empreintes thermoformées. Elles sont des enregistrements photographiques des projections des empreintes en plastique, une trace du volume. En partant du transparent, on parvient à des images contrastées et lisibles.

Ombres couleurs

2019 Tirages argentiques couleurs dimensions diverses

Les ombres couleurs sont des photogrammes couleurs des empreintes thermoformées. Elles sont des enregistrements des interférences présentes dans les matières plastiques modelées. À partir du transparent, on fabrique des interprétations des objets.

Mission liminale

2019 Impressions jet d’encre photographiées
4 tirages formats divers

De minuscules images sont imprimées, elle représentent des parties du monde : astres, mers, végétaux, minéraux, yeux… Rephotographiées, ces images ouvrent sur une autre dimension : celle de l’image même.

Perfogrammes

2018 Plaques perforées à la découpeuse laser selon une trame de points personalisée, plaques de PMMA diffusantes, leds dimensions variables

Le perforgamme est une technique d’enregistrement d’image inventée qui inclut le visuel dans la matière, à la manière d’une diapositive découpée. Par projection de ces images perforées, une nouvelle matérialité de ce qu’elles représentent apparaît, la lumière dessine un spectre.

Charbon tactile

2017 Charbon, fils, arduino, projecteur

Avec Camille Astié au sein de l’école de PaTI en Corée du sud, nous avons conçu une expérince graphique faite à partir de charbon. Nous avons réalisé des morceaux de charbon qui réagissent au toucher et déclenchent des sons et images racontant une histoire climatique. Des tremblements de terre, des orages, des pluies… Tous ces éléments sont cumulatifs et créent un nouvel environnement.

Corée en photographies

2017 Série de photographies numériques



Photographies prises en Corée du sud, du nord au sud, avec le regard extérieur de la photographe Kim Hee Jung.

Illuigonie

2017 Livre, tirage unique

Illuigonie signifie «l’origine imaginable mais non vérifiée d’une chose», c’est un mot inventé. Il titre cet inventaire comportant un an de recherche plastique sur 700 pages. Ces recherches nourissent mes productions et, parfois, les constituent.

E pur si mueve

2016 Machine expérimentale de lecture cartographique Développée avec Camille Astié, Éléonore Geissler et Albane Monnier.

Quartier autour

2016 24 photographies argentiques

Des maisons le soir, dans un quartier résidentiel à Nanterre, vides ou allumées, avant de retourner travailler.

lucien.bitaux(at)gmail.com

Curriculum Vitæ

Portfolio

Lucien Bitaux est artiste et docteur en arts. En 2025, il soutient sa thèse sur la condition minérale de l’image photographique qu’il a mené entre le Fresnoy - studio national des arts contemporains (Tourcoing) et le Centre d’Études des Arts Contemporains de l’Université de Lille. Cette recherche aboutit à l’exposition Soleils mineurs au Centre régional de la photographie Hauts-de-France (Douchy-les-Mines) en 2025-2026. Diplômé de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris (ENSAD) en 2018 et du Fresnoy en 2022, l’artiste fabrique ses propres appareils de captation et de diffusion aux allures scientifiques. L’artiste réalise plusieurs résidences, notamment avec le programme européen STARTS et le Kikk (Namur, Belgique), avec les Ateliers Médicis en 2020, ou encore au Chili en 2023 avec les observatoires européens austraux (ESO).

Son travail est présenté dans des expositions personnelles, notamment à l’ADAGP (Paris) en 2023 et à la Fondation Vasarely en 2025 (Aix-en-Provence). Il participe aussi à des expositions collectives comme à La Villette (Paris) en 2019, au Fresnoy (Tourcoing) en 2020 et 2022, à l’Espace multimédia Gantner (Bourgogne), à l’Ososphère (Strasbourg) et à la Biennale Chroniques (Aix-en-Provence) en 2022. Suite à cette dernière, il reçoit le Prix Fondation Vasarely/Chroniques, en 2023. Lauréat du prix Révélation Art numérique – Art vidéo 2022 de l’ADAGP (Paris), il poursuit avec la biennale Artes Mediales (Santiago, Chili) en 2023 et des expositions à l’Atelier W (Pantin) en 2023, au Kunstenlab (Deventer, Pays-Bas) et au festival La Fabrique du Regard au Bal (Paris) en 2025.



Artiste membre de l’ADAGP. Toute utilisation des œuvres de Lucien Bitaux doit faire l’objet d’une demande d’autorisation préalable auprès de l’ADAGP.



Texte de Joséphine Dupuy-Chavanat, commissaire d’exposition, septembre 2020 :

«
Lucien Bitaux est un photographe-magicien. « La photographie est une sorte de magie – ou pour le dire autrement, la photographie produit des expériences cérébrales pour le regardeur qui sont équivalente à la magie »[1]. Au-delà de la nouvelle esthétique et du post internet chers aux photographes depuis les années 1990, Lucien est ancré dans le réel et dans la manipulation sensible de celui-ci. Il m’apprend le terme d’« acheiropoïete », une image qui ne serait pas réalisée par la main de l’homme. Cet aspect miraculeux de la photographie est le champ d’étude et d’expérimentation de Lucien. L’artiste est le maître d’œuvre d’un ensemble de dispositifs qu’il empreinte aux différents « -scopes » de la science : lensoscope, scoposcope, gyroscope… Tout est lié à ce que le regardeur a sous les yeux. Et ce que la machine photographique, avec ses lentilles, ses optiques, ses objectifs, permet de voir. Lucien Bitaux travaille sur la relativité de l’image à partir de ce qu’il appelle les « liminaux », c’est-à-dire « ce qui se trouve au seuil de la perception ». La peinture est composée d’huile ou de gouache étalées sur la toile, la sculpture constituée d’argile, de bois ou de bronze, la photographie quant à elle repose sur des lentilles invisibles, mais qui permettent de voir et de révéler une image. La magie dont parle finalement la commissaire d’exposition Charlotte Cotton reposerait sur cet aspect visible-invisible de la photographie.

Lucien Bitaux est un inventeur. Il a développé le perfogramme, « une technique d’enregistrement d’image incluse dans la matière, à la manière d’une diapositive, mais creusée », le laserographe, un outil hypnotisant aux « projections mouvantes qui forment de sortes d’aurores boréales en courbes de Bézier », ou encore les résonnances. Cette dernière est fascinante. Comprise dans une structure en aluminium et composée successivement de LED, d’un film polarisant, d’un plastique thermoformé et un second film polarisant inversé, les résonnances révèlent, lorsqu’on est face à elles, un paysage organique et flottant aux couleurs pétrole. Lucien joue sur ces effets d’optique en manipulant la lumière, la couleur et la matière pour créer une image iridescente que notre œil voit en relief.

Le projet en cours Les liminaux, la métamorphose de l’être en sa vision pousse Lucien Bitaux à aller toujours plus loin dans son procédé photographique. Il maîtrise étape par étape la réalisation de ses objectifs, les dispositifs de tirage numérique et argentique, et les modes de monstration des photographies. « L’objectif de ce projet, dit-il, est de représenter ce qui voit, le voyant ». Lucien a passé une semaine sur l’Île d’Ouessant muni d’une quarantaine de dispositifs optiques qu’il a lui-même fabriqué. Pour chaque prise de vue, l’artiste a installé devant l’appareil photo privé de son objectif initial ces lentilles découpées, moulées ou gravées. Lucien compose des combinaisons d’optiques placés à différentes distances et passe de longues heures à effectuer une minutieuse mise au point. Le résultat : un paysage altéré, renversé, désorienté. La succession des lentilles optiques dévoile une maison qui disparaît dans une sorte d’abstraction lumineuse, un rocher qui semble se fragmenter, une eau qui se trouble au contact de la roche… Au total, des dizaines de clichés que Lucien propose de tirer et de présenter de multiples manières : dans des boites lumineuses, tantôt tirés sur du papier clear (transparent) argentique, tantôt projetés sur d’autres photographies. Une dizaine de scènes photographiques cohabiteront dans l’espoir de proposer au visiteur des expériences visuelles inédites. Ouessant a la particularité d’accueillir 5 phares. Ce n’est peut-être pas un hasard, quand l’on sait, nous dit Lucien, que « le phare est en quelque sorte l’origine du visible et concurrence les astres dans la nuit ».

[1] Charlotte Cotton, Photography is magic, édition Aperture, 2015
»
Les imageries exploratoires
— une mise en regard des visualisations astronomiques
et des pratiques photographiques expérimentales

En partant du constat qu’il existe des similitudes formelles entre les visualisations astronomiques et certaines pratiques photographiques expérimentales actuelles, cette thèse parcourt les façons de voir et percevoir contenues dans ce que nous nous proposons d’appeler les « imageries exploratoires ». Celles-ci, inscrites dans les domaines distincts de la science et de l’art, se rapprochent par leurs procédés de fabrication. Une symétrie voire une réversibilité s’installe entre les deux disciplines, dont il s’agit de définir le champ commun. Qu’elles proviennent de l’art ou de la science, les imageries dites exploratoires apparaissent suite à un acte de visualisation, mais sans que les formes qui les composent ne soient totalement maîtrisées ou connues d’avance. En ce sens, l’astronomie comme la photographie expérimentale découvrent des images qui sont à proprement parler des découvertes.
S’appuyant sur les notions d’habitabilité, de palpabilité et de minéralité des images, ce doctorat en création artistique interroge donc les processus d’apparition des incommensurabilités. De ces conversions en visibilités, un paradoxe naît, logé entre la finitude des images qui tiennent dans une main, et l’infinité des échelles macroscopiques et microscopiques qu’elles représentent. De telles visualisations nous permettent d’explorer des formes ou des éléments sans pour autant les avoir vus. Autrement dit, elles apparaissent tout en faisant apparaître. Cette ambivalence structure le travail de la thèse aussi bien dans sa part écrite que dans le projet plastique. L’installation artistique qui accompagne la recherche théorique vise à manipuler et produire de telles imageries en se construisant sur le modèle de l’observatoire astronomique, déplacé au champ de la création. L’étude s’inscrit ainsi à la croisée des arts, des sciences et de la phénoménologie pour prendre du recul sur la représentativité des images des dimensions imperceptibles, sur leur relation à l’objectivité, et surtout sur leur interaction avec l’acte de voir lui-même.

Présentation du projet de thèse